Par le chemin des souvenirs ...
Pas à pas comme si je marchais sur une corde tendue en l'air, je marche. La nouveauté, quand j'apprends à aimer ce que je detestais avant, mais l'ancienneté, quand finalement je marche aussi lentement qu'avant. Un pied devant l'autre, puis encore et encore, quelques centimètres à peine entre les deux, une démarche inédite, qui accordée à mon personnage attire bien souvent l'attention. Ce ne sont que de brefs pas de deux en entrechat, en attendant la relance. Ma démarche est inqualifiable, à la vitesse des plus vieux, des pas rapprochés comme ceux des hommes souls, mais restant droit et régulier comme un equilibriste. La degaine, avec mes cheveux en bataille que je ne prends plus peine à coiffer, mes lunettes noires et carrées penchées sur un opus philosophique du Lao-Tseu, et une musique douce qui me rappelle en plus que mon corps et mon âme sont bien distincts, et que seul mon corps m'appartient. Je suis blessé mais je ne boite pas car mon corps est intact. La tête sur les épaules, je marche néanmoins la tête ailleurs. Je ne sais pas... Je ne sais plus... Je suis perdu... Non pas vraiment, mais quand même un peu. J'en suis même pas sûr... La musique change... Apporte-moi mes cachets, serre bien ma camisole accélère, encore le son de ta voix... Je marche toujours, j'ai fini mon livre, je le range dans ma poche, et je le prêterai à mon frère lorsque je le verrai dans les couloirs du lycée. Mes chaussures... Où ai-je donc appris à marcher comme ça? Il fut un temps où j'attachais des trombonnes à mes lacets, je ne sais pas si elle les a gardés... Par le battement de coeur qu'elle te prend sans savoir, ton pauvre coeur qui n'en peut plus de ne plus pouvoir respirer... A chaque fois que je passe par ici, je me rappelle, ça me fait mal, mais j'y repasse dès que j'en ai l'occasion. Après la déception, l'incertitude. Incertain de ses intentions, incertain de son sens, incertain de la voie du bonheur, de mon bonheur. Enfant chemin faisant dans la rue ou sur les bancs, à portée de glaviots, livres sur le dos, je découvrais l'exil et ses vicissitudes, ce parfum de solitude, ce petit air entêtant. Plus tard considérant l'évident, le convenu, de phrases sybillines en sous entendus, las d'échouer ma mie à flanc certitudes, je meublais ma solitude, ce mal que ne guérit nul onguent...
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