Sept octobre

Publié le par Jonat


Le vent souffle. On peut entendre son doux sifflement briser le silence de marbre qui règne sur la plateforme en cette triste soirée. La plateforme. C'est ici que, plus jeune, il a appris à faire du vélo sans les roulettes de derrière. Son père l'y emmenait tous les dimanche matins, un peu comme un rituel. C'est pour lui un de ses rares souvenirs de bonheur de son enfance avec son père. Son père aujourd'hui vit quelque part, non loin de là. Est-ce qu'il pense à lui de temps en temps? Est-ce qu'il pense à lui en ce moment? Aucune importance. Lui ne pense pas à son père, pas en cet instant. Il est fatigué, mais il n'a pas sommeil. Il est malade, mais il est là, dehors, debout au milieu de cette plateforme, au milieu de cette froide et sombre nuit d'octobre, et il regarde cet immeuble, celui où il a vécu jusqu'à ses huit ans. Ca a bien changé. A l'époque, il y avait des buissons qui séparaient le parking de la route, et l'immeuble d'en face n'était même pas construit. Le vent souffle. Ses cheveux emportés par le vent. Il est seul. Personne dehors, personne autour, et personne au monde qui puisse comprendre sa solitude. Il est debout, sans pourtant aucune conviction qui le tienne debout. Aujourd'hui, le rêve s'est effondré. La vie ne vaut plus la peine d'être vécue. Une voiture passe, puis un homme traverse la route. C'est fini. Tout est fini. Il voudrait pleurer, comme pour évacuer cette inaliénable tristesse qui l'opresse. Il voudrait fondre en larmes, comme pour prouver sa peine, comme pour montrer à dieu à quel point il souffre et le conjurer de réparer son erreur. Mais il reste là, debout, triste, vide, comme mort. C'est une agonie. Ce n'est plus qu'une question de temps. Et le vent souffle. Encore une fois. C'est un triste paysage. Toutes les fenêtres fermées, par lesquelles il y a souvent de la lumière. Des reverbères un peu partout autour éclairent la rue d'une sombre lueur orangée. C'est sa couleur préférée, le orange, pourtant cela ne lui rend pas le sourire. Rien ne le peut. Plus rien. Et dire que c'est dans ce coin qu'il a vécu ce qu'il s'accorde à dire être les plus beaux moments de sa vie. Et dire qu'il vivait si heureux depuis quelques temps. Et dire qu'au fond, il savait bien que ça allait arriver ...


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Publié dans mes écrits

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