Egocentrisme

Publié le par Jonathan


Madeleine et moi marchions dans la grande rue de le République, qui a cette heure-là commençait à se vider des derniers citadins venus faire leurs emplettes du week-end. Après une journée passée à vivre en toute insouciance, la nuit arrivait et apportait avec elle un vent de nostalgie. Moi, je marchais à mon allure, je pars toujours du principe que j'ai le temps, et elle s'efforçait de faire des petits pas pour pouvoir me suivre. Ça me rappelle les soirées que j'ai passé à marcher seul, un peu comme pour trouver un sens à ma vie qui en semblait désormais dépourvue... Ce soir-là, je n'étais donc pas seul, et je me retrouvais à errer en ville, à raconter ma vie tumultueuse à cette quasi-parfaite inconnue, rencontrée quelques jours auparavant. Ce n'est pas vraiment mon genre de monopoliser la conversation, ne parler que de moi et de mes malheurs... Mais étrangement, cette fois-là j'avais quelque chose à dire, sur moi, rien que moi, il ne me serait d'ailleurs même pas venu à l'esprit de l'écouter ne serait-ce qu'une seconde... Elle m'écoutait, et moi je l'écoutais m'écouter, je la regardais porter cet intérêt pour moi qui me faisait poursuivre mon récit encore et encore... Il semblait bien révolu, le temps des muets dialogues, le temps où chacun écoute le silence de l'autre... Par moment, elle poussait un baillement, et même avec mon histoire, si triste et si ennuyeuse, cette même rengaine que tout le monde connait, je ne l'ennuyais que peu... Il se faisait tard et on avait pas vu le temps passer... On s'arrêta prendre un verre dans un petit café sympa, je ne me souviens plus son nom, et on s'installa à une table, près d'une fenètre, et on regardait les gens passer. Sans nous en rendre compte, on avait arrêté de parler... Cinq minutes, dix minutes, une heure peut-être... Une pause pour me remettre de mes émotions, ou bien la fin d'une histoire au final incertain, j'avais tout dit, du moins il me semble... Elle me prit la main, puis elle me regarda, et souria timidement. Je la regardai moi aussi... Un petit sourire aux lèvres, un sourire que je sentais faussé, que je faisais parce que je ne savais pas quoi faire d'autre... J'aurais aimé trouver quelque chose de mieux à faire... quelque chose de mieux à dire que "désolé"...

Publicité

Publié dans mes écrits

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article